La question sous la question
Ceux qui demandent où se trouve le ciel demandent d'ordinaire autre chose. Ils veulent savoir comment Dieu est, et si le Dieu qu'on appelle amour dans une phrase peut être, dans la suivante, le Dieu qui envoie des gens dans un feu sans fin. C'est une question légitime et fort ancienne, et les Pères de l'Église n'y ont pas répondu en adoucissant l'une ou l'autre moitié.
Ce qu'ils ont fait, au lieu de cela, c'est déplacer la question de la géographie vers la relation. Le ciel et l'enfer, dans cette présentation, ne sont pas deux pièces d'un grand bâtiment dont les portes seraient verrouillées de l'extérieur. Ce sont deux manières de se tenir en présence du même Dieu, qui ne change d'avis sur personne et dont l'amour n'est pas retiré aux damnés.
Pas un jeu de coordonnées
Les auteurs orthodoxes se montrent ici remarquablement prudents avec le langage spatial. Le père Séraphim Rose a consacré une section de The Soul After Death (« L'âme après la mort ») à ce qu'il appelait la localisation du ciel et de l'enfer, et il soutenait qu'ils sont entièrement réels sans être des lieux en aucun sens grossier qu'une carte pourrait traiter. L'âme qui quitte le corps ne parcourt pas une distance mesurable.
Cette prudence n'est pas une gêne moderne devant une représentation préscientifique. Elle est bien plus ancienne que la lunette astronomique. L'Église a toujours employé le langage de la hauteur et de la profondeur, de la montée et de l'abîme, et elle a toujours su qu'elle employait des images pour une chose que les images ne peuvent contenir. La poésie liturgique use librement de telles images précisément parce que personne n'était censé sortir un compas.
Abandonner le cadre spatial ne rend pas le sujet plus vague. Cela le rend plus net. On peut atteindre un lieu par accident ou par erreur administrative ; une relation, non. S'il s'agit d'une manière de se tenir devant Dieu, alors rien d'arbitraire n'en décide, et rien d'extérieur ne peut en porter le blâme. L'enseignement ressemble moins à une sentence prononcée contre quelqu'un qu'à un diagnostic de ce qu'il a fait de lui-même.
Un seul amour, deux expériences
Le geste patristique consiste à situer la différence chez celui qui reçoit plutôt qu'en Dieu. L'Écriture parle déjà ainsi : l'épître aux Hébreux dit que « notre Dieu est un feu dévorant » (He 12,29), citant le Deutéronome, et le même feu, dans l'Écriture, est chaleur, lumière et gloire aussi souvent qu'il est destruction. Ce qui diffère, c'est ce que ce feu rencontre.
Saint Isaac le Syrien, évêque de Ninive au VIIe siècle dont les Discours ascétiques sont lus dans tout le monde orthodoxe, le dit aussi nettement que quiconque. Il enseigne que ceux qui souffrent en enfer sont flagellés par l'amour, et que la puissance de l'amour agit de deux manières à la fois, tourmentant ceux qui se sont dressés contre lui et réjouissant ceux qui ont vécu selon lui. L'instrument du tourment, dans cette lecture, n'est pas une colère divine mais une affection divine que le pécheur ne peut supporter.
Le père Lawrence Farley, résumant les Pères sur ce point, use de la comparaison de la lumière du soleil et de la cécité : la lumière brille également sur tous, et ce que chacun en reçoit dépend de l'état de son œil. La comparaison n'est pas de lui. Elle traverse toute la tradition, et c'est pourquoi les auteurs orthodoxes disent si souvent que le feu de l'enfer et la lumière du ciel sont le même feu et la même lumière.
D'où vient l'image
La représentation est tirée d'une série de scènes plutôt que déduite de principes premiers. Moïse voit un buisson qui brûle sans se consumer. Les trois jeunes gens marchent indemnes dans la fournaise de Babylone, tandis que la flamme tue les hommes qui se tiennent au-dehors. Sur le mont Thabor, les disciples voient une lumière incréée sortir du corps même du Christ, et il leur est dit de n'en rien dire avant l'heure.
Le culte porte le même instinct. Avant la communion, l'Église fait prier les siens pour que les Mystères leur soient guérison et non jugement ni condamnation, ce qui n'a de sens que si le don lui-même est une seule chose et son effet sur celui qui le reçoit une autre. Le pain et le vin ne deviennent pas deux substances différentes pour deux sortes de gens. Quelque chose dans la personne décide de la manière dont le même don l'atteint.
Ce que cela ne signifie pas : l'universalisme
Il serait facile, et malhonnête, de glisser d'ici à l'affirmation que tout le monde est sauvé à la fin parce que l'amour ne cesse jamais. L'orthodoxie ne l'a pas enseigné. Le cinquième concile œcuménique, en 553, a condamné la doctrine origéniste de la préexistence des âmes, et le schéma origéniste plus large d'un rétablissement final de toutes choses n'a jamais été reçu comme l'enseignement de l'Église.
Mt 25 garde le même adjectif pour la vie des justes et pour le châtiment des autres, et l'Église l'a gardé aussi, sans chercher à l'expliquer. Ce que l'orthodoxie soutient, c'est que le refus vient de la créature et non de Dieu, et que l'Église peut prier pour quiconque, y compris pour ceux dont elle n'a aucun motif d'espérer, parce qu'elle ne connaît la fin d'aucune histoire sinon la sienne. Une espérance de ce genre est loin d'une doctrine selon laquelle tous seront certainement sauvés.
Une mise en garde apparentée concerne saint Isaac lui-même. Il est vénéré comme un saint, ses Discours ascétiques sont un trésor, et certains passages eschatologiques qui lui sont attribués ont été discutés et contestés pendant des siècles. L'enseignement du fouet de l'amour est cité avec approbation dans tout le monde orthodoxe ; la question de savoir jusqu'où l'on peut pousser ses autres spéculations est une affaire distincte, et elle n'est pas tranchée.
Ce que cela ne signifie pas non plus : une caricature de l'Occident
Les auteurs orthodoxes opposent parfois cet enseignement à une représentation occidentale où Dieu punit les pécheurs parce que sa justice exige satisfaction, et le contraste est d'ordinaire tracé trop vivement. Le langage juridique et judiciaire du salut n'est pas une invention occidentale plaquée sur l'Évangile. Il est dans l'épître aux Romains, il est dans les Psaumes, et les Pères grecs l'ont employé aussi librement que les Latins.
Anselme au XIe siècle, et les théologiens réformés qui ont développé après lui la substitution pénale, cherchaient à dire quelque chose de sérieux sur le coût du péché et sur la raison pour laquelle la croix était nécessaire et non simplement émouvante. Les chrétiens qui tiennent cette présentation ne décrivent pas un Dieu mesquin. Ils prennent la culpabilité au sérieux, ce qui est une marque de réalisme moral et non de cruauté.
Là où l'orthodoxie diffère, c'est dans le langage qu'elle tient pour premier. Sa grammaire dominante est médicale plutôt que juridique : le péché comme une maladie qui défigure celui qui la porte, le salut comme guérison, Dieu comme médecin, l'enfer comme l'état d'une personne qui ne veut pas être guérie. Les deux séries d'images sont dans l'Écriture. Savoir laquelle gouverne les autres change l'aspect de l'ensemble, et cette différence mérite d'être énoncée franchement plutôt que dissoute dans l'affirmation que tout le monde dit la même chose.
Ce qui s'ensuit en pratique
Si l'enfer est l'amour refusé plutôt que l'amour retiré, alors la vie chrétienne ressemble moins à la constitution d'un dossier de défense qu'à l'entraînement d'un œil à supporter la lumière. C'est à cela que sert la pratique orthodoxe. Le jeûne, la confession, l'aumône, le pardon accordé à ceux qui ne se sont pas excusés, la station debout pendant de longs offices : rien de tout cela ne mérite quoi que ce soit, et tout cela change lentement ce qu'une personne est capable de recevoir.
Le pardon mérite ici une ligne à lui, car il est le plus difficile de ces exercices et le plus exactement lié à l'enseignement. Une personne qui ne veut pas pardonner s'exerce, à petite échelle, au refus même que décrivent les Pères : l'amour arrive et n'est pas admis. Les offices orthodoxes ne cessent d'y revenir, le plus visiblement le soir qui précède le début du Grand Carême, quand tous dans l'église demandent pardon à tous, face à face et par leur nom.
Cela pose aussi une limite à la dureté religieuse, et c'est le point où l'enseignement mord ceux-là mêmes qui le professent. Qui est doctrinalement exact sur la nature de l'amour divin et froid envers la personne qui se tient à côté de lui n'y a rien compris. Le père Séraphim Rose, converti américain qui passa ses dernières années à mettre d'autres convertis en garde contre cela précisément, a résumé la priorité en une phrase.
Être correct, c'est le côté extérieur du christianisme. C'est important, mais ce n'est pas le plus important.
Père Séraphim Rose, conférence sur la simplicité, 1979, dans hiéromoine Damascène, Father Seraphim Rose: His Life and Works (« Le père Séraphim Rose : sa vie et son œuvre »), St. Herman Press, 2003, ch. 87
Une porte laissée ouverte
Les lecteurs venus d'autres traditions chrétiennes remarqueront que cet article a énoncé les différences au lieu de les estomper. C'est voulu, et ce n'est pas un reproche. Une présentation du ciel et de l'enfer qui se révélerait identique à celle de tout le monde ne servirait à personne, et prétendre le contraire serait insulter un lecteur venu ici pour savoir ce que les orthodoxes tiennent réellement.
Le père Séraphim Rose, venu à l'orthodoxie depuis une famille protestante et qui n'a jamais cessé d'écrire pour des gens comme eux, fut interrogé en 1980 par une catéchumène qui demandait si elle pouvait continuer d'appeler chrétiens ses parents protestants et catholiques romains. Il répondit longuement et sans détour, tenant la revendication orthodoxe sur l'Église tout en refusant de se prononcer sur l'âme de quiconque, et il termina par une formule qu'il attribuait au père Dimitri Doudko.
Il ajouta aussitôt, entre parenthèses, que cela pèserait davantage si les orthodoxes eux-mêmes donnaient un meilleur exemple. C'est la bonne note pour finir. L'enseignement décrit ici n'est pas une menace suspendue au-dessus de quiconque. C'est une présentation de ce que fait l'amour quand il rencontre une personne, et une invitation à découvrir si elle est vraie.
Nous devrions regarder les non-orthodoxes comme des personnes auxquelles l'orthodoxie n'a pas encore été révélée, comme des personnes potentiellement orthodoxes
Père Séraphim Rose, lettre du 27 novembre 1980, dans hiéromoine Damascène, Father Seraphim Rose: His Life and Works (« Le père Séraphim Rose : sa vie et son œuvre »), St. Herman Press, 2003, ch. 84